
Stephan Mangloo est un deejay que les habitués des Saturday Party Mix du Duplex connaissent bien car il y officie tous les samedis. Rencontre avec un DJ electro péi.
1/ Comment as-tu commencé dans le Deejing ?
J'ai toujours été attiré par le matériel. A 14-15 ans je reluquais les platines BST et autres dinosaures de ce genre dans les pages des catalogues 3 Suisses etc etc. J'ai fini par employer le système D et animer des boums avec plusieurs mini-chaines et des enregistrements K7 des tubes qui passaient en Radio avec les gros Jingles au milieu. J'ai fini par découvrir un des tous premiers logiciels de mix de l'époque, BPM studio, avec lequel tu pouvais mixer des mp3 (àl'époque de l'internet 56k àla Réunion), j'étais au lycée, c'était dans les années 1999-2000. Je trainais donc mon Pc avec moi et je faisais avec. C'est làque j'ai travaillé le mix propre, il n'y avait pas de préécoute (je n'avais qu'une seule carte son), fallait tout caler àl'oreille. J'ai ensuite pu toucher de vraies platines, un ami me les dépannait de temps en temps (Numark CDN88 pour les nostalgiques). Bercé par Dj Abdel, Dj Kost, Dj Goldfingers dans mon discman Sony, j'ai commencé àsortir en boite àla même époque et ai découvert le Planet Soleil en 2002-2003 et les mythiques soirées Groove du mardi de Dj Dan. Allant et venant, j'enregistrais déjàmes sets àla maison pour écouter mes erreurs, j'en ai pressé un sur CD et l'ai filé àdj Dany pour qu'il prête l'oreille et me dise ce qu'il en pense. Après harcèlement du bonhomme au Planet Soleil, j'ai fini par bosser làbas le 19 décembre 2003 et je m'occupais des lumières de la salle. J'étais àl'époque élève àl'école d'infirmiers de Bellepierre. J'ai tout arrêté pour bosser 2 soirs par semaine làbas et gagner 40€ par soirée. On va dire que je me suis conditionné dès mes 20 ans àexercer ce métier et pas un autre, c'est une passion, et bien plus que ça. C'est làque tout a commencé et au fil des années, tout n'a fait que confirmer et renforcer ma détermination.
2/ Tu navigue dans un univers Electro house, cela a t il été un frein ou pas dans ta carrière ?
Un univers "Electro-House", vrai et faux àla fois on dira. Revenons àla base. La musique électronique est fabriquée àbase d'instruments non acoustiques (guitares etc etc) donc ça tombe sous le sens car pour moi un Boom Boom Pow des Black Eyes Peas est Electro donc. House car ce sont mes gouts musicaux personnels et que j'y trouve un métissage énorme, chacun peut s'y retrouver sous les déclinaisons de house qu'il existe (Afro, latino, funky etc etc). Maintenant gardons en tête que je suis généraliste àla base, que sans ça je ne vivrais pas de ma passion, que j'aspire àun univers comme celui ci àterme (suffit d'écouter mes mixtapes et mes compos), mais qu'aujourd'hui àproprement parler je n'en suis qu'aux balbutiements. Pour remettre mes sets dans le contexte, je dirai que j'essaie de faire découvrir des sonorités plus européennes, plus internationales. Le Bootleg entre Zorro Chang et Swedish House Mafia en est la preuve, métisser le truc, apporter l'electro de façon intelligente sans faire se braquer les clubbers àla Réunion, ça suit son cours et de par mes projets de collaboration avec des artistes locaux nous verrons bien où cela va nous mener. C'est comme si dans une conversation tu essaies de placer deux ou trois mots savants, c'est un peu ça mon objectif dans mes soirées. Le style "Electro House" n'est pas ma carte de visite sur un plan local, je vends de l'énergie dans le set, certains travers musicaux qui font tripper, pour en arriver àun point culminant qui se situe en "Electro House", c'est ainsi que je vois les choses. Ce n'est donc pas un frein àproprement parler puisque c'est apporté de façon réfléchie, c'est une tendance.
3/ Comment tu t'es retrouver àêtre un des DJ résident du Duplex ?
C'est une belle opportunité on dira. C'était une période assez compliquée pour moi car j'étais àl'époque résident du Fashion àSt Denis, en fermeture administrative àl'époque. J'ai proposé àFSM Prod mes services pour la soirée Summer Night 2, Dj Daveed résident du Duplex àl'époque avait d'autres projets et cherchait un remplaçant àdurée indéterminée, après quelques soirées, on a trouvé un terrain d'entente avec la direction du Duplex et voilàtout. J'ai dû renoncer àmon poste dionysien et je conjugue mes soirées au Duplex avec des évènements privés et des projets personnels.
4/ Quels sont àtes yeux les avantages et les incovénients du métier de Deejay ?
Il y a deux plans. Le métier àla Réunion et le métier en général. A la Réunion le hic c'est que tu as vite fait le tour des établissements, et àmoins d'être résident, ça me parait difficile d'en faire une activité àpart entière. Beaucoup de Dj's ont d'autres métiers àcoté. A coté de ça une fois que tu as fidélisé du monde, c'est magique, il y a une certaine reconnaissance, les gens te suivent, ça fait plaisir. D'un autre coté tu prends vite des coups aussi, si tu te grilles àgauche ou àdroite, c'est difficile de rebondir, en gros faut savoir être et faire la différence. Il y a aussi le problème de l'ouverture, difficile de rester frais en jouant tout le temps ici, tu sais pas comment ça se passe dans le monde, en métropole, tu peux pas prétendre àd'énormes choses en te contentant des Charts et classements sur le net, c'est compliqué de se vendre dehors dans ce créneau musical si tu respires pas les sets des "Grands". Je pense d'un autre coté que notre clientèle ici est tellement éclectique musicalement et qu'il en faut tellement pour les toucher que tu deviens hyper polyvalent, et que forcément, t'auras pas de soucis àt'adapter àl'extérieur, que tu deviens un caméléon du mix.
D'un coté plus général, ce métier demande énormément de sacrifices personnels. Tu n'as plus de weekends en famille, tu fêtes plus grand chose, pour peu que tu t'occupes de l'organisation de soirées aussi tu y passes aussi tes semaines. Tu vis la nuit, faut tout agencer autour de ça. Faut garder le cap et ne pas tomber dans tel ou tel vice nocturne, t'as vite fait de perdre en crédibilité, en professionnalisme et en efficacité. Ca reste un magnifique métier, plein de remises en questions, plein de reconnaissance, plein de belles rencontres, et pour lequel tu tires rarement la tronche avant d'y aller. Faut juste être prêt àperdre beaucoup en cas de pépin. Il y a très peu de place pour beaucoup de prétendants, ça reste la guerre assez souvent dans la tête de beaucoup de monde àce sujet. Le monde de la nuit étant souvent montré du doigt, les établissements fermant et réouvrant on ne sait quand, rien n'est acquis, pas plus aujourd'hui qu'hier, on peut te bazarder en deux minutes et ce sera àtoi de rebondir. Faut y croire car quand tu y es c'est plus que bon.
5/ Quelles ont été tes influences ?
On va prendre tout dès le début. Ma famille est remplie de musiciens, j'ai donc été élevé au grain àce sujet. Mon frère ayant 15 ans de plus que moi, dis toi j'avais U2, Toto et toute la Pop Rock des 80's dans les oreilles dès le plus jeune âge. Entre temps, le Hip-Hop Rnb est venu s'en mêler durant mon adolescence. Ajoute àcela les sonorités de Deadmau5, SHM, ainsi que le soleil de nos tropiques, tu obtiendras mon cocktail d'influences. Coté personnage Local, je peux citer Dj Dany dans un 1er temps, qui m'a appris pas mal de trucs àl'école Planet Soleil, Dj Dan (Kermaron) qui respire la passion et qui ne fait qu'un avec ton mix, sa rapidité, son approche bien àlui d'un set, et Bibi qui possède un feeling et une culture musicale hors norme. Pour le reste chaque soirée chaque partenaire de mix a été et sera toujours une influence. Quand le set de quelqu'un te fait te poser des questions c'est qu'il a une influence de toute façon.
6 / Quel est ton agenda ?
Pour l'essentiel de 2011, ça se passera au Duplex àSt Pierre, chaque weekend, avec un rendez-vous mensuel sur la toile pour mon podcast "Mix Trips By Stephan Mangloo", que je vais diversifier àd'autres styles musicaux très bientôt. Je prépare aussi certains évènements et projets en "missouk", je garde ça sous la feutrine en attendant que ça se fasse ;). Vous savez où me trouver ;)
7/ Ton Big Up
Un grand merci àmes proches qui me soutiennent dans chaque projet, àchaque épreuve et sans qui tout cela ne serait pas possible. A ceux qui me font confiance, aux clubbers qui suivent chaque mouvement, aux fidèles auditeurs de mes podcasts qui partagent àtours de clics, àceux qui contribuent àfaire évoluer le milieu en faisant toujours mieux, en prenant des risques, sans craindre le "on dit, on pense, c'est dangereux, finalement on le fera pas". A mes acolytes compositeurs, dj's, promoteurs, créateurs de soirées, de concepts et de musique qui se reconnaitront et qui font un boulot énorme pour que tout cela ait un sens..